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Le lycée de l'autre côté des Alpes

Au cœur de la vie lycéenne italienne
1 novembre 2026 par
Administrator

Un cappuccino entre amies avant les cours, des journées d'enseignement aux horaires différents de ceux des lycées français et une orientation choisie dès quatorze ans. À l'IIS Giulio Natta, près de Milan, Rabab, élève en deuxième année, raconte son quotidien scolaire. Son témoignage permet de découvrir l'organisation des études, les relations entre élèves et les possibilités de participation à la vie lycéenne en Italie, tout en faisant apparaître des préoccupations communes aux adolescents des deux côtés des Alpes.

Par Louis Gosse


Le quotidien scolaire : entre cours, transports et moments de liberté

Chaque matin, Rabab se réveille à sept heures, prend son petit-déjeuner, puis monte dans le bus. Deux arrêts plus tard, elle retrouve ses amies pour rejoindre l'IIS Giulio Natta. Le jeudi, une heure libre leur permet de s'arrêter au café avant les cours, un rituel adopté dès leur première année.

Pour moi, prendre le cappuccino est le moment parfait. 

Pour ces lycéennes, le café constitue un lieu de rencontre en dehors de l'établissement. Elles peuvent y discuter, réviser ou simplement profiter d'un moment ensemble. Cette habitude s'inscrit dans la culture italienne du bar, mais elle dépend surtout de la proximité des commerces et des transports. Rabab reconnaît qu'elle aurait davantage de difficultés à conserver ce rendez-vous si elle habitait à la campagne. Comme en France, les possibilités de déplacement influencent donc l'autonomie des adolescents.

Rabab suit une formation en biotechnologies sanitaires au sein de la filière Chimica, materiali e biotecnologie, dans un institut technique. Son parcours associe enseignements généraux, sciences et spécialisation progressive. En Italie, les horaires varient selon les établissements : certains répartissent les cours sur six jours, samedi compris, tandis que d'autres les concentrent sur cinq journées. Dans les établissements où les cours se terminent en début d'après-midi, les élèves peuvent rentrer déjeuner chez eux.

Lorsqu'elle découvre l'emploi du temps d'un lycéen français, avec certaines journées de 8 h 05 à 17 h 15, Rabab s'étonne que les élèves aient encore des devoirs à effectuer. Elle s'intéresse toutefois aux heures libres, qui peuvent être consacrées au travail personnel.

Je préférerais le rythme français. Parce qu'il y a beaucoup plus de temps libre, et aussi des heures sans cours pendant lesquelles je pourrais étudier davantage.

Cette comparaison souligne l'importance de la répartition du temps scolaire. En Italie, les instituts techniques proposent généralement cinq années d'études, organisées autour d'un premier cycle de deux ans, puis de trois années de spécialisation. En France, la seconde générale et technologique précède le choix d'une voie générale ou technologique. Les emplois du temps reflètent ainsi des organisations différentes, sans qu'un modèle soit nécessairement préférable à l'autre.


Le rituel du café. De gauche à droite : Elisa, Rabab, Beatrice et Camilla, réunies avant les cours © Louis Gosse 


La vie au lycée : entraide, initiatives et participation des élèves

Lorsqu'on lui demande ce qu'elle apprécie dans son établissement, Rabab évoque d'abord ses camarades et ses enseignants. Elle insiste particulièrement sur l'entraide qui caractérise, selon elle, sa classe.

Quand nous sommes en difficulté, nous nous aidons tous les uns les autres.

Certains professeurs accordent quelques minutes pour réviser ensemble. Les élèves s'expliquent des exercices, confrontent leurs réponses et travaillent parfois à la bibliothèque. Des conseils circulent également entre les classes, notamment à propos des évaluations. Cette coopération contribue au sentiment d'appartenance de Rabab, qui explique se sentir bien dans son établissement.

La participation des élèves prend aussi une forme particulière lors de la cogestione, une initiative organisée dans son lycée. Pendant trois jours, les cours habituels laissent place à des activités choisies par les élèves, avec l'accord de la direction et l'encadrement des enseignants et de lycéens plus âgés. Ateliers de cuisine, activités d'étude, rencontres et tournois sportifs sont proposés sur un site permettant aux participants de réserver leur place.

Moi, je choisis toujours le volley. 

Ces journées favorisent également les rencontres avec des intervenants extérieurs. Rabab se souvient notamment d'un échange avec une personnalité politique milanaise et de la venue de sportifs.

La cogestione s'inscrit dans les pratiques de participation lycéenne italiennes. Ses modalités varient selon les établissements et ne doivent pas être confondues avec l'occupazione, une forme distincte de mobilisation. Le Statuto delle studentesse e degli studenti reconnaît notamment aux élèves des droits d'expression, de réunion et de participation à la vie scolaire.

En France, le conseil de la vie lycéenne, les maisons des lycéens et les clubs permettent également de développer des projets collectifs. Les journées décrites par Rabab présentent toutefois une particularité : pendant un temps limité, l'établissement modifie son fonctionnement habituel pour accueillir des activités auxquelles les élèves contribuent directement.


L'IIS Giulio Natta, où Rabab suit une formation technique orientée vers les biotechnologies sanitaires © Amel Braito 


L'orientation et l'autonomie : construire son avenir dès quatorze ans

En Italie, les élèves choisissent généralement leur parcours du secondaire supérieur vers quatorze ans, à la fin du collège. Trois grandes voies s'offrent à eux : les licei, principalement consacrés aux enseignements généraux ; les istituti tecnici, associant formation générale et enseignements technologiques ; et les istituti professionali, davantage orientés vers des secteurs professionnels. Le guide officiel La Bussola présente ces parcours et leurs débouchés.

Rabab a commencé ses recherches dès sa deuxième année de collège. Après avoir envisagé les sciences humaines puis le métier d'esthéticienne, elle s'est orientée vers les biotechnologies sanitaires, un domaine proche de son intérêt ancien pour la médecine.

Depuis toute petite, la médecine m'intéresse. Je pensais que ce serait un bon parcours pour comprendre si j'ai vraiment envie de faire médecine. 

Les journées portes ouvertes et les rencontres avec les enseignants l'ont aidée à faire son choix. Aujourd'hui en deuxième année, elle attend avec intérêt la troisième, lorsque les enseignements spécialisés, notamment en microbiologie et en hygiène, prendront davantage de place.

Cette orientation relativement précoce peut toutefois être difficile à vivre. Rabab reconnaît avoir longtemps hésité et considère que quatorze ans est un âge jeune pour prendre une telle décision.

D'après mon expérience, oui. C'est difficile. Quand rien ne te plaît vraiment, tu peux te retrouver complètement perdue.

En France, la seconde générale et technologique permet de différer certains choix, tandis que la voie professionnelle engage plus tôt les élèves dans une spécialité. Dans les deux pays, les journées portes ouvertes, l'information sur les formations et les possibilités de réorientation jouent un rôle important dans la construction des parcours.

Au-delà de son orientation, Rabab évoque une difficulté plus immédiate : trouver un équilibre entre le travail scolaire et sa vie personnelle. Malgré l'entraide de ses camarades et l'accompagnement individuel dont elle bénéficie, elle cherche encore une méthode de travail efficace.

Je n'ai pas vraiment trouvé ma méthode de travail. Du coup, les études me prennent trop de temps et je n'ai pas de temps pour moi, pas de temps pour sortir. 

Lorsqu'on lui demande ce qu'elle aimerait retirer de sa journée, elle répond : son téléphone. Elle explique avoir parfois du mal à résister à l'envie de le consulter. Dans son établissement, les appareils doivent normalement rester éteints et rangés pendant les cours, sauf exceptions, et sont mis à l'écart lors des évaluations. En France, leur utilisation au lycée dépend également du règlement intérieur. La gestion de l'attention, des devoirs et des loisirs apparaît ainsi comme une préoccupation commune.

Au terme de l'entretien, Rabab a découvert les longues journées françaises, les heures libres et les clubs, tandis qu'elle a fait connaître les habitudes de son établissement, la cogestione et les particularités de l'orientation italienne. Lorsqu'on lui demande si elle aimerait venir en France, sa réponse traduit sa curiosité :

Pour les études. J'aimerais voir comment les études sont organisées.

Derrière les différences d'horaires et de parcours, les préoccupations des lycéens se rejoignent : réussir leurs études, entretenir leurs amitiés, participer à la vie de leur établissement et préserver du temps pour eux. Le jeudi suivant, Rabab retrouvera probablement ses amies autour d'un cappuccino avant de rejoindre le lycée. Un moment de liberté qui fait pleinement partie de son quotidien de lycéenne.


Photo de couverture :  Avant la sonnerie. Elisa, Rabab, Beatrice et Camilla poursuivent leur chemin vers leur établissement © Louis Gosse 

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